Dans la liste INCI d’un cosmétique bio, chaque plante apparaît sous son nom botanique latin, suivi le plus souvent, en anglais, de la partie utilisée et de sa forme : Calendula Officinalis Flower Extract désigne un extrait de fleurs de souci. Un astérisque signale l’origine biologique, et les allergènes des huiles essentielles se lisent en fin de liste.
Une plante, trois indices dans la liste INCI
Le nom imprimé au dos du pot n’est pas laissé au choix de la marque. L’article 19 du règlement (CE) n° 1223/2009 exige une liste précédée du terme « ingrédients », rédigée avec les dénominations du glossaire européen fixé par la décision (UE) 2019/701, qui s’appuie sur la nomenclature internationale INCI. Pour une plante, le nom INCI se construit en général en trois temps :
- le genre et l’espèce en latin : Lavandula Angustifolia pour la lavande vraie, Simmondsia Chinensis pour le jojoba ;
- la partie de la plante, en anglais : feuille, fleur, graine, amande du noyau, racine ou zeste ;
- la forme obtenue : huile, beurre, extrait, jus ou eau florale.
Dénominations relevées telles quelles dans le glossaire :
| Ce que vous lisez | Ce que cela désigne | Exemple du glossaire |
|---|---|---|
| Leaf Juice | jus tiré des feuilles | Aloe Barbadensis Leaf Juice (aloe vera) |
| Flower Extract | extrait de fleurs | Calendula Officinalis Flower Extract (souci) |
| Seed Oil | huile des graines | Simmondsia Chinensis Seed Oil (jojoba) |
| Kernel Oil | huile de l’amande du noyau | Argania Spinosa Kernel Oil (argan) |
| Root Extract | extrait de racine | Glycyrrhiza Glabra Root Extract (réglisse) |
| Peel Oil | essence du zeste | Citrus Limon Peel Oil (citron) |
| Flower Water | eau florale, hydrolat | Lavandula Angustifolia Flower Water (lavande vraie) |
Quand la partie manque ou que le nom a vieilli
Cocos Nucifera Oil (noix de coco) ou Prunus Amygdalus Dulcis Oil (amande douce) ne précisent aucune partie. Le karité garde son ancien nom, Butyrospermum Parkii Butter, alors que la base internationale de biodiversité GBIF le classe aujourd’hui sous Vitellaria paradoxa. Et le mot Oil ne distingue pas une huile végétale d’une huile essentielle : Helianthus Annuus Seed Oil sort d’une graine de tournesol pressée, Lavandula Angustifolia Oil d’une distillation de lavande.
Même vigilance pour l’eau. Aqua désigne l’eau ajoutée, alors que Lavandula Angustifolia Flower Water correspond à l’eau aromatique recueillie pendant la distillation, celle que détaille le guide consacré à l’hydrolat de lavande et ses usages.

Choisir une marque qui publie sa composition entière
Ce décodage ne sert que si la liste est lisible avant l’achat. L’article 19 admet que la liste figure uniquement sur l’emballage extérieur, et une fiche en ligne peut se contenter de quelques actifs mis en avant. Pour retrouver le nom latin d’une plante précise, mieux vaut donc s’adresser à des marques françaises qui reproduisent leur formule ligne par ligne.
Pour repérer ces marques depuis un seul endroit, la boutique en ligne Fais Ta Belle distribue des cosmétiques bio fabriqués en France, issus de marques certifiées Ecocert ou Cosmébio dont elle contrôle la certification et la fabrication française avant de les référencer, et publie pour chaque soin la liste INCI entière. Sa page d’accueil met en avant les végétaux qui reviennent le plus souvent dans sa sélection, du beurre de karité à l’aloe vera, en passant par les huiles d’argan et de jojoba. Pour un lecteur qui aime les plantes, c’est un terrain d’exercice concret : vous cherchez Butyrospermum Parkii ou Simmondsia Chinensis sur une fiche, puis vous comparez sa place d’un baume à l’autre.
Exemple concret, la liste type d’un baume pour le corps : Butyrospermum Parkii Butter*, Prunus Armeniaca Kernel Oil*, Helianthus Annuus Seed Oil*, Cera Alba*, Calendula Officinalis Flower Extract*, Lavandula Angustifolia Oil*, Tocopherol, Linalool. L’astérisque renvoie à la mention « ingrédients issus de l’agriculture biologique ». Lue depuis la plante, cette liste donne ceci :
- Butyrospermum Parkii Butter* : le karité, en beurre tiré de ses noix, bio, en tête de liste, donc l’ingrédient le plus lourd ;
- Prunus Armeniaca Kernel Oil* : l’abricotier, dont l’amande du noyau est pressée en huile, bio ;
- Helianthus Annuus Seed Oil* et Calendula Officinalis Flower Extract* : tournesol (graine, huile) et souci (fleur, extrait), un duo qui signale souvent un macérat de souci dans l’huile de tournesol ;
- Cera Alba* : la cire d’abeille, seul ingrédient d’origine animale, pourtant marqué bio ;
- Lavandula Angustifolia Oil* : la lavande vraie, sans partie précisée, en huile essentielle, parmi les ingrédients minoritaires ;
- Tocopherol : la vitamine E, antioxydant des huiles, sans nom de plante ni astérisque ;
- Linalool : en dernière ligne, une molécule de l’huile essentielle de lavande, déclarée comme allergène.
Astérisques et pourcentages bio sous la liste
Sous la liste d’un soin certifié, l’astérisque n’a rien de décoratif. La version 4.2 du référentiel Cosmos, datée du 1er septembre 2025, demande aux produits certifiés bio de signaler les ingrédients biologiques dans la liste INCI et d’afficher deux pourcentages : la part d’ingrédients d’origine naturelle et la part d’ingrédients bio, calculée sur le produit total ou hors eau et minéraux.
Ces deux chiffres ne mesurent pas la même chose. L’origine naturelle compte l’eau et les minéraux, alors que la part bio ne les compte jamais, car ni l’eau ni l’argile ne sortent de l’agriculture biologique. Ecocert en tire une conséquence parlante : une huile de massage sans eau peut afficher jusqu’à 100 % d’ingrédients biologiques.
Trois mentions à lire ensemble
- l’astérisque, qui relie chaque ingrédient bio à sa mention sous la liste ;
- le pourcentage d’origine naturelle, eau et minéraux compris ;
- le pourcentage bio, calculé sur le total ou hors eau et minéraux.
Le baume de l’exemple, sans eau, peut donc afficher une part bio très élevée, alors qu’une crème au même karité affichera mécaniquement moins avec des plantes tout aussi bio. Comparez toujours un baume avec un baume, une crème avec une crème.

Les allergènes des huiles essentielles en fin de liste
L’article 19 du règlement (CE) n° 1223/2009 autorise le regroupement d’une composition parfumante sous le mot Parfum, mais exige d’y ajouter, une à une, les substances que l’annexe III soumet à déclaration. Les seuils inscrits dans cette annexe : 0,001 % si le soin reste posé sur la peau, comme un baume, et 0,01 % s’il se rince, comme un shampooing.
Ces molécules ne viennent pas forcément d’un parfum de synthèse. Linalool, Limonene, Geraniol, Citral, Citronellol ou Coumarin sont des constituants naturels de nombreuses huiles essentielles, et une formule parfumée uniquement à la lavande ou à l’orange doit déclarer celles qu’elle contient au-delà du seuil, comme n’importe quelle autre. Leur présence ne juge pas la plante : elle informe les personnes qui ont déjà réagi à l’un de ces allergènes réglementés.
Ce que change le règlement (UE) 2023/1545
Avant lui, 24 substances parfumantes allergisantes devaient être mentionnées à part, rappelle le règlement (UE) 2023/1545, qui en ajoute 56 avec les mêmes seuils, dont l’acétate de linalyle, le menthol, le camphre et plusieurs huiles essentielles entières :
- lavande vraie et lavandin, regroupés sous « Lavandula Oil/Extract » ;
- menthe poivrée et eucalyptus globuleux (« Eucalyptus Globulus Oil ») ;
- ylang-ylang et néroli, ce dernier sous « Citrus Aurantium Flower Oil » ;
- rose de Damas, sous « Rose Flower Oil/Extract » ;
- géranium rosat et lemongrass, ce dernier sous « Lemongrass Oil ».
Selon l’annexe de ce règlement, un produit non conforme aux nouvelles mentions pouvait être mis sur le marché jusqu’au 31 juillet 2026 et peut encore être vendu jusqu’au 31 juillet 2028. Un même soin peut donc afficher, selon son lot, une fin de liste courte ou détaillée.
Si une rougeur ou une démangeaison suit l’application d’un soin, notez les dernières lignes de sa liste et montrez-les à un médecin ou à un dermatologue. Les zestes d’agrumes soulèvent une autre question, celle du soleil, traitée dans le dossier sur les huiles essentielles photosensibilisantes.
Ce que Cosmos, Cosmébio et Ecocert demandent aux végétaux
Le référentiel Cosmos classe les ingrédients en cinq familles : l’eau, les minéraux, les ingrédients agricoles transformés physiquement, ceux transformés chimiquement, et les autres. Les plantes pressées, distillées ou macérées entrent dans la troisième famille, et c’est sur ces ingrédients végétaux que porte l’exigence principale de Cosmos Organic :
- au moins 95 % des ingrédients agricoles transformés physiquement doivent être bio ;
- au moins 20 % du produit total doit être bio, ou 10 % pour un produit à rincer, un produit aqueux non émulsionné ou un produit composé d’au moins 80 % de minéraux ;
- un extrait obtenu avec de l’alcool non bio ne compte pas dans la part bio ;
- le jus d’une plante fraîche n’est pas assimilé à de l’eau et peut compter dans la part bio.
Cosmos Natural, en revanche, n’exige aucun minimum bio. Cosmébio, l’un des cinq membres fondateurs de Cosmos, labellise les nouveaux produits selon ce cahier des charges depuis le 1er janvier 2017, avec la mention Cosmos Organic ou Cosmos Natural sous son logo. L’association ne certifie pas elle-même : des organismes accrédités, comme Bureau Veritas, Cosmécert ou Ecocert, contrôlent les produits au moins une fois par an. Ecocert cite parmi les ingrédients pétrochimiques exclus, hors conservateurs autorisés, les parabènes, le phénoxyéthanol, les parfums et colorants de synthèse.
Une huile essentielle vendue seule, elle, se juge avec d’autres repères, chémotype ou mentions HEBBD et HECT, détaillés dans les critères de qualité d’une huile essentielle et dans le guide des huiles essentielles bio, pures et naturelles.

Au prochain achat, partez de la plante
Devant l’étiquette d’un cosmétique, inversez le réflexe habituel : plutôt que la promesse imprimée en façade, cherchez d’abord la plante qui vous intéresse.
- Notez son nom latin exact : Argania Spinosa pour l’argan, Aloe Barbadensis pour l’aloe vera.
- Vérifiez la partie et la forme : huile de graine, beurre, extrait de fleur et eau florale n’apportent pas la même matière.
- Situez-la : en tête, elle pèse dans la formule ; parmi les ingrédients à moins de 1 %, que le règlement autorise à citer dans le désordre, sa position ne renseigne plus sur son dosage.
- Cherchez l’astérisque et les deux pourcentages sous la liste.
- Lisez la fin de liste si une huile essentielle vous a déjà posé souci.
- Gardez la liste des soins que votre peau tolère : leurs plantes communes deviennent vos repères.
Pour un nom qui vous échappe, la base CosIng de la Commission européenne retrouve la substance derrière chaque dénomination ; elle se présente elle-même comme informative et sans valeur juridique.
Prochaine étape : recopiez la liste du soin que vous utilisez le plus et entourez de quatre couleurs les plantes, l’eau, les ingrédients non végétaux et les allergènes.
